Entre le retrait annonc¨¦ des ?tats-Unis d¡¯une trentaine d¡¯entit¨¦s onusiennes et la capture par Washington du pr¨¦sident v¨¦n¨¦zu¨¦lien en exercice, Nicol¨¢s Maduro, le d¨¦but de l¡¯ann¨¦e 2026 s¡¯ouvre sous de mauvais auspices pour le multilat¨¦ralisme. Dans ce contexte de tensions exacerb¨¦es, les deux plus hauts responsables des Nations Unies se sont livr¨¦s, mercredi, ¨¤ une d¨¦fense passionn¨¦e de l¡¯organisation.

Multiplication des conflits, ¨¦rosion du droit international, d¨¦fiance croissante ¨¤ l¡¯¨¦gard des institutions intergouvernementales. Selon la pr¨¦sidente de l¡¯Assembl¨¦e g¨¦n¨¦rale, Annalena Baerbock, l¡¯ann¨¦e commence dans un climat de crispation diplomatique in¨¦dit. ? Le multilat¨¦ralisme n¡¯est pas seulement sous pression ?, a-t-elle lanc¨¦ mercredi ¨¤ New York, lors de la reprise des travaux de l¡¯Assembl¨¦e. ? Il est attaqu¨¦ ?.

Arriv¨¦e ¨¤ la t¨ºte de l¡¯organe pl¨¦nier en septembre, l¡¯ancienne ministre allemande des affaires ¨¦trang¨¨res a d¨¦crit une organisation parvenue ¨¤ un point de bascule. ? Nous nous trouvons ¨¤ un moment plus urgent encore qu¡¯il y a quatre mois ?, a-t-elle insist¨¦, ¨¦voquant un syst¨¨me qui ne s¡¯effondre pas dans un fracas brutal, mais ? se d¨¦sagr¨¨ge pi¨¨ce par pi¨¨ce ?.

Blocages politiques et paralysie

De Gaza ¨¤ l¡¯Afghanistan, du Soudan ¨¤ l¡¯Ukraine, l¡¯ONU reste engag¨¦e sur de multiples th¨¦?tres de crise, mais dans un contexte de blocages politiques r¨¦currents. Ceux-ci sont particuli¨¨rement visibles au Conseil de s¨¦curit¨¦, charg¨¦ du maintien de la paix, o¨´ les cinq membres permanents font r¨¦guli¨¨rement usage de leur droit de veto pour d¨¦fendre leurs int¨¦r¨ºts nationaux, au d¨¦triment de r¨¦ponses collectives aux crises internationales. ? Mais en aucun cas le monde ne se porterait mieux sans les Nations unies ?, a n¨¦anmoins martel¨¦ Mme Baerbock, refusant toute tentation du renoncement.

? ses yeux, le symbole le plus frappant de la d¨¦rive actuelle est le retrait, en d¨¦cembre, d¡¯un texte traditionnellement adopt¨¦ chaque ann¨¦e par les ?tats membres sur la coordination de l¡¯aide humanitaire ¨C une premi¨¨re en plus de trente ans. ? Combien de coups cette maison peut-elle encore encaisser ? ?, s¡¯est-elle interrog¨¦e, d¨¦non?ant un multilat¨¦ralisme min¨¦ de l¡¯int¨¦rieur, o¨´ des compromis finissent par ? devenir des compromissions ?.

Gouverner sans consensus et r¨¦former

Face ¨¤ ces impasses, la pr¨¦sidente de l¡¯Assembl¨¦e g¨¦n¨¦rale pr¨¦conise un changement de paradigme. Lorsque le consensus ¨¤ 193 ?tats devient hors de port¨¦e, prendre des d¨¦cisions ¨¤ une majorit¨¦ claire ne doit plus ¨ºtre consid¨¦r¨¦ comme un ¨¦chec, mais comme ? une affirmation du multilat¨¦ralisme ?. Une mani¨¨re, selon elle, de pr¨¦server la capacit¨¦ d¡¯action de l¡¯Assembl¨¦e, plut?t que de laisser l¡¯institution s¡¯enliser dans la paralysie.

Mais la d¨¦fense politique du syst¨¨me ne saurait suffire sans transformation structurelle. Annalena Baerbock a ainsi mis en avant l¡¯initiative ONU80, destin¨¦e ¨¤ moderniser l¡¯organisation ¨¤ l¡¯approche de son 80? anniversaire. ? Des d¨¦cennies de processus parall¨¨les et de prolif¨¦ration de mandats ont produit des sous-organes, des rapports et des groupes de travail ¨¤ foison ?, a-t-elle reconnu, appelant ¨¤ une rationalisation prudente. ? ?laguons avec des cisailles, pas avec une tron?onneuse ?, a-t-elle plaid¨¦, consciente des r¨¦sistances que suscite toute r¨¦forme.

Cette transformation appara?t d¡¯autant plus urgente que la crise financi¨¨re de l¡¯ONU s¡¯aggrave. Aucun chantier de r¨¦forme ne pourra aboutir, a averti Mme Baerbock, tant que certains ?tats continueront de ne pas s¡¯acquitter de leurs contributions ? en temps voulu et int¨¦gralement ?. ? Sans cela, l¡¯Organisation ne peut pas fonctionner ?, a-t-elle tranch¨¦.

Recentrer l'ONU sur le d¨¦veloppement durable

Quelques heures plus tard, ce m¨ºme diagnostic, ¨¦largi ¨¤ l¡¯¨¦chelle mondiale, a ¨¦t¨¦ repris par le Secr¨¦taire g¨¦n¨¦ral des Nations Unies,?Ant¨®nio Guterres, lors d¡¯une r¨¦union protocolaire, ¨¤ New York. Dans un monde travers¨¦, selon lui, par ? des conflits d¨¦cha?n¨¦s, des in¨¦galit¨¦s croissantes, des dettes ¨¦crasantes et une ¨¦rosion de la confiance ?, le multilat¨¦ralisme reste plus que jamais ? indispensable ?.

? quatre ans de l¡¯¨¦ch¨¦ance de 2030, le chef de l¡¯ONU a rappel¨¦ l¡¯ampleur du retard pris sur les objectifs de d¨¦veloppement durable, frein¨¦s par un syst¨¨me financier international ? h¨¦rit¨¦ de 1945 ? et inadapt¨¦ aux r¨¦alit¨¦s contemporaines. ? Nous avons besoin d¡¯un syst¨¨me financier mondial qui refl¨¨te le monde d¡¯aujourd¡¯hui ?, a-t-il insist¨¦, appelant ¨¤ transformer en profondeur l¡¯architecture de la dette, des financements et des institutions multilat¨¦rales.

Climat : l¡¯¨¦preuve d¨¦cisive

Le climat constitue, ¨¤ ses yeux, l¡¯¨¦preuve d¨¦cisive. ? Le monde se dirige vers un d¨¦passement temporaire de 1,5 ¡ãC ?, a reconnu le secr¨¦taire g¨¦n¨¦ral, appelant ¨¤ rendre ce d¨¦passement ? aussi faible, aussi bref et aussi s?r que possible ?. Cela suppose des r¨¦ductions imm¨¦diates des ¨¦missions, une sortie acc¨¦l¨¦r¨¦e des ¨¦nergies fossiles et un financement massif de l¡¯adaptation, au nom de la justice climatique.

Un choix historique pour les ?tats Membres

Derri¨¨re les interventions des deux responsables se dessine un m¨ºme fil conducteur : l¡¯ONU reste irrempla?able, mais sa survie n¡¯est plus acquise. ? Vos citoyens ne viendront pas sauver le multilat¨¦ralisme ?, a lanc¨¦ Annalena Baerbock aux diplomates. ? Ils vous ont confi¨¦ cette responsabilit¨¦. ? L¡¯histoire, a-t-elle conclu, ne retiendra pas la finesse des d¨¦bats, mais le choix fait en ce moment charni¨¨re : laisser le syst¨¨me multilat¨¦ral s¡¯¨¦roder, ou d¨¦cider collectivement de le d¨¦fendre.

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