La sexualit¨¦ transcende les diff¨¦rences religieuses, raciales et culturelles. Quels que soient la couleur de la peau, le sexe, le dieu v¨¦n¨¦r¨¦ ou la mani¨¨re dont les diff¨¦rentes cultures la repr¨¦sentent, la sexualit¨¦ est un sujet qui suscite des questionnements. En particulier pendant l'adolescence o¨´ les jeunes construisent leur identit¨¦, les jeunes filles et les jeunes gar?ons se posent des questions sur leur sexualit¨¦ et leur nature en tant qu'¨ºtre sexuel alors qu'ils amorcent cette transition d¨¦licate entre l'enfance et la vie adulte.
Partout dans le monde, la sexualit¨¦ est une question soci¨¦tale et m¨¦dicale. Les statistiques montrent que la plupart des gar?ons et des filles ont des rapports sexuels ¨¤ l'?ge de 15 ans ou avant1. On peut examiner les interpr¨¦tations dont fait l'objet la sexualit¨¦ des adolescents dans la fa?on dont les diff¨¦rentes cultures adoptent les pratiques de l'abstinence et la contraception.
LES COMPORTEMENTS SEXUELS DES ADOLESCENTS En 2002, l'Organisation mondiale de la sant¨¦ (OMS) a ¨¦tudi¨¦ les tendances sexuelles d'¨¦l¨¨ves ?g¨¦s de 15 ans de 35 pays. L'¨¦tude a montr¨¦ que si le pourcentage de gar?ons ayant des rapports sexuels ¨¦tait souvent plus ¨¦lev¨¦ que celui des filles, de nouvelles tendances indiquaient qu'un nombre ¨¦gal ou sup¨¦rieur de filles avaient des rapports sexuels ¨¤ l'?ge de 15 ans2. Toutefois, alors que cette nouvelle tendance ¨¦tait prise en compte, la plupart des gar?ons continuaient d'avoir leur premier rapport sexuel ¨¤ un ?ge plus pr¨¦coce que les filles, montrant que la sexualit¨¦ des adolescents est diff¨¦rente selon les sexes. L'¨¦tude indiquait aussi que l'?ge moyen du premier rapport sexuel dans la plupart des pays ¨¦tait de 16 ¨¤ 19 ans pour les filles et de 17 ¨¤ 19 ans pour les gar?ons. Au Tchad, les filles avaient leur premier rapport sexuel ¨¤ 15,9 ans et les gar?ons ¨¤ 18,8 ans. L'Afrique subsaharienne pr¨¦sentait des statistiques similaires qui contredisaient les donn¨¦es recueillies par l'OMS selon lesquelles les filles ont des rapports sexuels au m¨ºme ?ge ou un peu plus tardivement que les gar?ons.
Comment cela est-il possible ? Dans certaines parties d'Afrique, la pr¨¦valence du viol et la coutume du mariage pr¨¦coce jouent un grand r?le dans l'activit¨¦ sexuelle. En Afrique du Sud, par exemple, 116 femmes sur 100 000 ont d¨¦clar¨¦ avoir ¨¦t¨¦ viol¨¦es; et dans le reste de l'Afrique, 42 % des femmes entre 15 et 24 ans sont mari¨¦es avant d'avoir 18 ans, souvent ¨¤ des hommes qui ont 15 ans de plus qu'elles3.
En mati¨¨re de sexualit¨¦ et de comportements sexuels des adolescents, les cultures diff¨¨rent sur les pratiques de l'abstinence et la contraception. ABSTINENCE
Les diff¨¦rences culturelles, sociales et religieuses jouent un r?le dans la pratique de l'abstinence, dont la pertinence et l'efficacit¨¦ continuent d'¨ºtre mises en cause. Cependant, quelles que soient ces diff¨¦rences, l'abstinence joue un r?le majeur dans le comportement sexuel des adolescents.
Dans des pays d¨¦velopp¨¦s, l'abstinence est caract¨¦ris¨¦e par des bagues de puret¨¦ et des v?ux de chastet¨¦ indiquant l'absence de rapports sexuels avant le mariage, alors que dans certains pays en d¨¦veloppement, l'abstinence est impos¨¦e de force par la pratique de la mutilation g¨¦nitale ainsi que par d'autres pratiques traditionnelles qui nuisent au d¨¦veloppement sexuel des adolescents.
D'apr¨¨s le rapport intitul¨¦ Sant¨¦ reproductive et sant¨¦ sexuelle des jeunes de l'organisation am¨¦ricaine Agency for International Development4, le taux d'abstinence des femmes en Afrique varie entre 34 % au Congo et 96 % en ?rythr¨¦e, en ?thiopie et au S¨¦n¨¦gal, tandis qu'en Arm¨¦nie et au Vietnam il atteint 100 %. Toujours d'apr¨¨s le rapport, en ?rythr¨¦e, 39 % des filles avaient subi une infibulation5 avant la pubert¨¦, une m¨¦thode de mutilation g¨¦nitale cens¨¦e promouvoir l'abstinence en raison des cons¨¦quences douloureuses.
Malgr¨¦ les taux d'abstinence ¨¦lev¨¦s en Afrique, l'¨¦pid¨¦mie de VIH/sida continue de s¨¦vir, ce qui am¨¨ne ¨¤ se demander si l'abstinence pourrait ¨ºtre une solution pratique ¨¤ long terme contre la propagation des maladies transmises sexuellement. Selon une ¨¦tude men¨¦e aux ?tats-Unis, les adolescents qui se sont engag¨¦s ¨¤ faire v?u d'abstinence ont repouss¨¦ leurs premiers rapports d'environ deux ans, mais une fois sexuellement actifs, un tiers d'entre eux ¨¦taient moins susceptibles d'utiliser une m¨¦thode contraceptive que les adolescents qui ne pratiquaient pas l'abstinence6.
Si les cultures des pays d¨¦velopp¨¦s et des pays en d¨¦veloppement abordent diff¨¦remment la question de l'abstinence, il appara¨ªt que ni la mutilation ni les v?ux d'abstinence ne jouent un r?le dans la pr¨¦vention de l'initiation inopportune ¨¤ l'activit¨¦ sexuelle mais semblent plut?t retarder les risques plut?t que les pr¨¦venir.
CONTRACEPTION
L'¨¦ducation sexuelle, l'offre de la contraception, son co?t et les pratiques culturelles ont un effet direct sur l'utilisation des m¨¦thodes contraceptives.
Selon une ¨¦tude r¨¦alis¨¦e par l'OMS, plus de 70 % des adolescents ayant des rapports sexuels dans 35 pays utilisent des pr¨¦servatifs7. Dans la plupart des cas, les gar?ons sont plus nombreux ¨¤ les utiliser que les filles. Cela semble indiquer que dans la plupart des cultures, les filles sont cens¨¦es rester chastes, et pas les gar?ons, et que ces derniers sont mieux inform¨¦s.
Une autre ¨¦tude a montr¨¦, toutefois, que la r¨¦alit¨¦ ¨¦tait diff¨¦rente en Afrique, en Asie et dans les Cara?bes. Dans de nombreux cas, moins de 25 % des jeunes ont reconnu utiliser des m¨¦thodes de contraception modernes. Leur utilisation ¨¦tait ¨¦galement plus fr¨¦quente chez les femmes plus ?g¨¦es ayant des niveaux d'¨¦ducation plus ¨¦lev¨¦s et vivant dans les zones urbaines8. Pendant l'adolescence, l'utilisation d'une m¨¦thode contraceptive ¨¦tait donc moins fr¨¦quente et plus influenc¨¦e par la classe sociale et les niveaux d'¨¦ducation.
Alors que l'adolescence est un moment capital de la vie o¨´ les adolescents d¨¦couvrent leur identit¨¦ sexuelle, c'est aussi une p¨¦riode o¨´ ils font face ¨¤ l'influence de leurs pairs, de la famille, de la culture et des m¨¦dias. Quels que soient leurs exp¨¦riences et les obstacles auxquels ils sont confront¨¦s, tous les adolescents arrivent ¨¤ se construire une identit¨¦ sexuelle. La sexualit¨¦ des adolescents est, et continuera d'¨ºtre, un sujet qui suscite des d¨¦bats et un int¨¦r¨ºt. Quel que soit le pays ou la culture, on constate des similarit¨¦s dans les vues, les intentions et les pratiques concernant la sexualit¨¦ des adolescents dans le monde. C'est une question qui nous concerne tous.
Notes 1 A. Glasier, A. Metin G¨¹lmezoglu, G. P. Schmid, C. Garcia Moreno, et P. F.A. Van Look, ? Sexual and reproductive health: a matter of life and death ?, The Lancet 368, n° 9547 (2006):1595-1607.
2 OMS/Europe, La sant¨¦ des jeunes en contexte. Enqu¨ºte sur les comportements li¨¦s ¨¤ la sant¨¦ des enfants en ?ge scolaire (HBSC) : rapport international de l'enqu¨ºte r¨¦alis¨¦e en 2001/2002, C. Curry, C. Roberts, A. Morgan, R. Smith, W. Settertobulte, O. Samdal, et V. Barnekow Rasmussen, eds. (Danemark: OMS, 2004).
3 UNICEF, Early Marriage: A Harmful Traditional Practice (New York: UNICEF, 2005).
4 DHS Comparative Reports (USAID), Youth Reproductive and Sexual Health, par S. Khan and V. Mishra, (Calverton, USA: Macro Inter¬national, Inc., n° 19, 2008).
5 UNICEF, Female Genital Mutilation/Cutting (New York : UNICEF, 2005).
6 P. S. Bearman and H. Br¨¹ckner, ? Promising the Future: Virginity Pledges and First Inter¬course ?, American Journal of Sociology 106 (2001): 859-912; et H. Bruckner and P. S. Bearman, ? After the promise: the STD con¬sequences of adolescent virginity pledges ?, Journal of Adolescent Health 36 (2005): 271-278.
7 Voir note 2 ci-dessus.
8 E. Godeau, S. N. Gabhainn, C. Vignes, J. Ross, W. Boyce, et J. Todd, ? Contraceptive Use by 15-Year-0ld Students at Their Last Sexual Intercourse -- Results from 24 Countries," Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine 162, n° 1, 2008.
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