? mesure que le changement climatique s'acc¨¦l¨¨re, l'oc¨¦an fa?onne de plus en plus la r¨¦alit¨¦ physique dans laquelle s'inscrit la gouvernance climatique. Les niveaux records de contenu thermique oc¨¦anique, l'intensification des vagues de chaleur marines et l'acc¨¦l¨¦ration de l'¨¦l¨¦vation du niveau de la mer ne sont plus des signaux environnementaux p¨¦riph¨¦riques. Ils deviennent des facteurs d¨¦terminants du risque climatique, des d¨¦fis de mise en ?uvre et de l'instabilit¨¦ syst¨¦mique ¨¤ travers les r¨¦gions et les secteurs.
Parall¨¨lement, la gouvernance climatique internationale entre dans une nouvelle phase. Au-del¨¤ des seuls objectifs d'att¨¦nuation, une attention croissante est d¨¦sormais port¨¦e aux capacit¨¦s de mise en ?uvre, ¨¤ la r¨¦silience syst¨¦mique et ¨¤ la coh¨¦rence institutionnelle dans un contexte d'¨¦volution rapide du climat. Dans ce paysage en mutation, le r?le de l'oc¨¦an s'affirme non pas simplement comme une question sectorielle, mais comme une composante fondamentale du syst¨¨me climatique lui-m¨ºme.
Les d¨¦veloppements r¨¦cents entourant la Conf¨¦rence des Nations Unies sur les changements climatiques de 2025 (COP 30) illustrent cette transition. Les initiatives li¨¦es ¨¤ l¡¯oc¨¦an ont acquis une visibilit¨¦ sans pr¨¦c¨¦dent au cours des n¨¦gociations, notamment gr?ce ¨¤ de nouveaux efforts visant ¨¤ renforcer la mise en ?uvre et la coordination des actions ¨¤ l¡¯intersection de l¡¯oc¨¦an et du climat. Les discussions sur une ¨¦ventuelle ? COP bleue ? (COP 31) t¨¦moignent d¡¯une prise de conscience croissante de l¡¯importance grandissante de la dynamique oc¨¦anique pour l¡¯avenir de la gouvernance climatique.
Toutefois, cette dynamique politique croissante met ¨¦galement en lumi¨¨re un d¨¦fi institutionnel. Bon nombre des m¨¦canismes r¨¦gissant actuellement la gouvernance climatique ont ¨¦t¨¦ con?us pour une r¨¦alit¨¦ climatique plus stable, o¨´ la dynamique oc¨¦anique ¨¦tait souvent trait¨¦e ind¨¦pendamment des processus fondamentaux de gouvernance. Aujourd'hui, cependant, l'acc¨¦l¨¦ration des interactions entre l'oc¨¦an et le climat influence de plus en plus la mani¨¨re dont les risques climatiques se propagent ¨¤ travers les syst¨¨mes alimentaires, les r¨¦gions c?ti¨¨res, les infrastructures, les ¨¦cosyst¨¨mes et les ¨¦conomies.
Cela n¡¯implique pas n¨¦cessairement une d¨¦faillance des institutions existantes. Cela sugg¨¨re plut?t que les syst¨¨mes de gouvernance pourraient devoir ¨¦voluer afin de mieux int¨¦grer les formes ¨¦mergentes de complexit¨¦ climatique.
Des questions autrefois principalement associ¨¦es aux sciences oc¨¦aniques rev¨ºtent une importance croissante pour la mise en ?uvre de l¡¯action climatique elle-m¨ºme : comment int¨¦grer les indicateurs oc¨¦aniques aux syst¨¨mes internationaux de rapportage ? Comment les cadres de gouvernance peuvent-ils mieux articuler observation scientifique, mise en ?uvre et prise de d¨¦cision ? Et comment assurer la continuit¨¦ institutionnelle alors que les impacts climatiques s¡¯intensifient au sein de syst¨¨mes interconnect¨¦s ?
Ces questions ne se limitent plus ¨¤ la politique oc¨¦anique. Elles fa?onnent de plus en plus les conditions op¨¦rationnelles dans lesquelles s'exerce la gouvernance climatique.
Plusieurs propositions ¨¦mergent actuellement dans le cadre du d¨¦bat plus large sur les interactions entre oc¨¦an et climat. Ces discussions portent notamment sur l'¨¦laboration d'indicateurs oc¨¦aniques normalis¨¦s, une meilleure prise en compte de la dynamique oc¨¦anique dans de l'Accord de Paris sur le climat et dans les processus de rapportage, ainsi que sur de nouveaux m¨¦canismes de coordination susceptibles de renforcer la coh¨¦rence entre la science oc¨¦anique et la mise en ?uvre des mesures climatiques. Ces ¨¦changes ne doivent pas ¨ºtre per?us comme de simples ajustements techniques, mais comme s'inscrivant dans un processus plus vaste d'adaptation institutionnelle face ¨¤ l'acc¨¦l¨¦ration des changements plan¨¦taires.
Le d¨¦fi ¨¤ relever est donc non seulement environnemental, mais aussi organisationnel. ? mesure que la dynamique oc¨¦anique fa?onne la trajectoire du risque climatique, les syst¨¨mes de gouvernance pourraient devoir d¨¦velopper de nouvelles formes d'int¨¦gration, de continuit¨¦ et de coordination, capables de fonctionner au sein d'un syst¨¨me terrestre plus interconnect¨¦.
L'oc¨¦an a longtemps mod¨¦r¨¦ le changement climatique sur le plan physique. De plus en plus, il pourrait ¨¦galement fa?onner l'¨¦volution institutionnelle de la gouvernance climatique.
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Note
Ces r¨¦flexions s'appuient sur des id¨¦es expos¨¦es pour la premi¨¨re fois dans une publication de Nature Portfolio parue en mai 2026, qui examinait le r?le croissant de l'oc¨¦an dans la gouvernance climatique en amont de la COP 31 (Antalya, Turquie, 9-20 novembre 2026).
Carlos Garcia-Soto, ? La gouvernance climatique n¨¦glige l¡¯oc¨¦an : une limite structurelle mise en ¨¦vidence lors de la COP30 ?, *npj Ocean Sustainability*, vol. 5, n¡ã 23 (9 mai 2026). Disponible sur .
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