Remarques du Secretaire general a la conference de presse a l'issue de sa visite au Niger
Press events | Kofi Annan, Former Secretary-General
La visite que je viens d'effectuer m'a permis de voir de mes propres yeux la gravité de la crise alimentaire qui frappe certaines régions du Niger et d'apporter aux populations affectées un message de soutien. Je suis aussi venu pour mobiliser davantage la communauté internationale.
Hier, à Zinder, j'ai vu des enfants décharnés, entre la vie et la mort. Leurs mères avaient marché de longues distances pour trouver l'aide qui pourrait les sauver. Leur courage et leur dignité dans l'épreuve sont remarquables. J'ai aussi été frappé par la volonté que les Nigériens ont de se battre et de trouver des solutions locales face à cette crise dans un cadre de développement durable et autogéré.
Mais il est clair que cela ne suffit pas pour faire face à la crise actuelle. Les prochaines récoltes n'auront pas lieu avant la fin du mois de septembre. Si l'aide n'augmente pas très rapidement, la crise risque de s'aggraver encore au cours des prochaines semaines.
Le gouvernement prend des mesures qui vont dans le bon sens dont notamment la distribution gratuite de vivres aux plus vulnérables et l'accès gratuit aux soins d'urgence en créant un fonds de solidarité. J'ai eu l'occasion d'en discuter avec le Président Tandja qui m'a accompagné hier tout au long de ma visite à Zinder.
La situation est d'autant plus difficile que la crise alimentaire touche non seulement le Niger, mais aussi d'autres pays du Sahel. Il faut une stratégie régionale à long terme qui s'attaque aux causes structurelles de cette situation.
Les ONGs font un bon travail, un travail vital sur le terrain. Les agences des Nations Unies font elles aussi un travail formidable en matière d'aide d'urgence depuis plusieurs mois. L'ONU entend collaborer plus étroitement encore avec le Gouvernement nigérien et les autres pays de la sous-région pour éviter la répétition de telles crises.
J'appelle la communauté internationale à fournir les aides immédiates qui sauvent des centaines de vies chaque jour. Une crise nutritionnelle de cette envergure est inacceptable au vingt-et-unième siècle.
Ce matin, je me suis également entretenu avec le Président Tandja de la situation politique en Afrique de l'Ouest. Comme vous le savez, il est le président en exercice de la CEDEAO et nous avons parlé de la situation en Guinée-Bissau, en Côte d'Ivoire, au Togo, au Libéria.
Les Nigériens ont montré, pour leur part, qu'ils étaient attachés à la paix, à la stabilité et à la démocratie. Dans une région qui connaît de graves conflits, ils font figure d'exemple. Ils méritent tout notre soutien.
Je répondrai maintenant à vos questions.
Question : Quel est la valeur de l'aide alimentaire pour le Niger ?
SG : On a fait un appel pour 80 millions de dollars et on a reçu 40 millions aujourd'hui mais nous sommes en train de pousser la communauté internationale, les pays donateurs de nous aider davantage. Donc on a reçu la moitié.
Q : Un des problèmes du Niger est l'agriculture. Qu'est ce que le Niger peut attendre de vous pour la prochaine récolte ?
SG : C'est un sujet que j'ai abordé avec le Président, le pays a son propre programme mais la communauté internationale doit travailler avec le gouvernement. Il faut trouver un moyen de reconstituer la réserve agricole qui est épuisée depuis très longtemps. Il faut aussi vraiment se pencher sur l'agriculture, le Président a des idées sur ça. On a aussi parlé d'autres sujets que j'ai discutés avec mes collaborateurs à New York et ailleurs pour voir comment on peut travailler davantage avec le Gouvernement. Les agences et les programmes des Nations Unies qui sont là vont faire leur part mais évidemment le programme qui doit être élaboré doit être un programme nigérien, il appartient au peuple et au gouvernement nigérien et nous on sera la pour les soutenir.
Q : La réponse à la crise de la part de l'ONU et de la communauté internationale tardé à venir. Est-ce que la structure de l'ONU est trop lourde?
SG : Evidement comme vous le savez, les Nations Unies sont en pleine réforme essentielle y compris dans les domaines humanitaires. Je viens de proposer qu'on doit établir un fonds de milliards de dollars qui puisse nous permettre d'agir aussi vite que possible au lieu d'attendre que des pays donateurs nous donnent les fonds pour agir. Parfois c'est trop tard, parfois ça ne vient même pas, mais si on a un fonds établi on peut commencer à agir en attendant que les pays donateurs fassent des contributions donc nous sommes en train d'agir sur ça et j'espère que les pays donateurs vont coopérer avec nous.
Q: There have been lots of criticisms on how long it took for the UN to respond to the crisis and how it is now distributing the aid. What is your answer to these criticisms?
SG: This is an unfortunate debate. What is important is for us to focus on providing emergency aid to those who need it. To those who are hungry and need food, this debate that we are having is totally irrelevant. What they need is immediate assistance and short, medium and long term approach to make sure we will not live through this again for other children, or for their younger brothers and sisters.
Yes, the response has been slow. The appeal was made last year and World Food Programme did a study in January and made a report in April indicating that the situation […,] warning of the crisis and appeals went out. And even now, as I speak, despite the images on television, we have received 50% of the appeal we made.
But that being the case, we are on the ground acting actively to assist. I was in Zinder yesterday to see the hospital and I went to Madara also to see what was happening there. I got very good briefings from the UN agencies: UNDP, World Food Programme, UNICEF, UNFPA and the others who are all working together, with the NGOs and the government. We need to work together, to pool our efforts to make a difference where it counts: in the lives of the real people who need us. The debate: who did what and whether it was on time, we'll have lots time once we've saved the people to discuss it. Historians and political scientists will have lots of time to study it. But for the moment, let's focus on what is needed.
SG : Vous venez de visiter les enfants en détresse à Zinder. Quel apport vous envisagez pour les enfants d'ici fin septembre ?
Je viens de répondre à votre question. Nous sommes en train d'augmenter l'aide qu'on apporte à la population. Nous sommes en contact avec les pays donateurs, on va essayer d'accélérer les choses, UNICEF et PAM qui aussi aident avec les autres, moi je crois la nourriture est contribue aussi l'UNICEF et par le PAM. Parfois on donne l'impression que les plans de distribution sont statistiques, ce n'est pas statistique. C'est un moyen de pouvoir planifier, les situations changent, on s'adapte pour pouvoir atteindre les populations plus vulnérables pour les aider.
Q : Malgré la situation sur le terrain, est-ce que vous tenez que les élections soient organisées en octobre en Côte d'Ivoire?
Evidemment nous sommes en train de travailler très étroitement avec le gouvernement, les Forces Nouvelles et les populations de Côte d'Ivoire, avec tous les chefs politiques, j'espère qu'ils vont commencer à sérieusement mettre en œuvre l'accord de Pretoria. C'est décevant, c'est décourageant, il y a eu Marcoussis, il y a eu Accra I, Accra II, je crois que nous sommes sur le deuxième accord de Pretoria.
Chaque accord n'a pas été mis en application, les leaders ivoiriens ont un devoir vers les populations de travailler ensemble pour sauver le pays. A vrai dire parfois je ne comprends pas pourquoi ces hommes qui se croient leaders, qui cherchent à diriger leur pays sont en train de déchirer leur pays avant qu'ils n'arrivent au sommet. Est-ce que ça aide la population et le pays ? Donc je plaide avec eux de penser un peu à leur pays, la population, et de trouver un moyen de mettre en application l'accord qu'ils ont élaboré avec le Président M'Beki qui a donné beaucoup de temps à ce problème, maintenant c'est à eux de jouer leurs rôles, et les populations les attendent.
Q : You've sen lots of women and children in distress. What can the women hope to get from the UN?
SG : Je crois que les femmes sont désavantagées dans la société mails il faut trouver un moyen de corriger ça, en anglais on dit « women empowerment .» On doit vraiment se pencher sur cela dans ce pays, les femmes ne peuvent pas le faire seules, les hommes ont des responsabilités dans cette affaire. Les femmes doivent avoir leurs droits, le droit d'héritage, le droit de travailler, de gagner leur vie et les hommes doivent vraiment les considérer comme partenaires. Souvent ce sont les femmes qui restent à la maison pour s'occuper des enfants quand les hommes ne sont pas là. On a une responsabilité pour s'assurer qu'elles ont tous les moyens nécessaires pour protéger et nourrir les enfants.
J'ai eu une réunion avec toutes les agences des Nations Unies ce matin et hier et on va augmenter nos efforts davantage dans ce domaine. Je sais qu'il y a d'autres programmes qui existent spécifiquement pour les femmes, mais je crois qu'il y a encore des choses à faire, mais les gens de l'extérieur ne peuvent pas le faire seuls, ce sont les nigériens qui doivent le faire. Ce sont les nigériens qui doivent prendre ça en main et s'assurer qu'une fille de 12 ans ne devienne pas une mère, qu'on ne pousse pas les mères a accouché chaque 10 mois, chaque année. Il faut aussi faire la planification familiale parce que le taux de croissance est très élevé par rapport à la production économique et agricole. Donc j'espère qu'on va réfléchir à cela et trouver un moyen de corriger cela.
QUESTION: You raised the issue of long and short term actions needed to solve the crisis in Niger. Can you tell us what is the nature of these diplomatic steps?
SG: I don't think the steps should be diplomatic. I think the steps should be economic and real programmes. Some of it we have discussed since I got here. The region used to have a mechanism for dealing with locusts, for example, in the Sahel region. That has been allowed to fall apart. That system must be re-established, so as to have at least an early warning system so that one can go to the source and fumigate and try to destroy the eggs before the locust begin to move south. We should also, if we are not able to destroy the eggs, one should also be able to spray with planes to make sure to they do not get far and destroy the farms. If we had had that mechanism, we probably would have saved lots of money. We also need to take steps to restore the food reserves. The warehouses are there and we need to stock up for the rainy day. And if we had had full stocks, we could have helped. I have here the deputy head of World Food Programme [Jean-Jacques Graisse] who said in the past they used to buy their supplies locally and from the region. Because of the nature of this crisis, it is the first time they are bringing food in from the outside into Niger. So the capacity is there. And of course, this time around, other countries in the region suffered the same and did not have food surpluses to move from one country to the other and, of course, tackling soil fertility, water management, ensuring that we get crop by drop of water is going to be absolutely essential. There are infrastructures that will have to be expanded and refurbished.[…] These are some of the ideas […] This is also a country that produces lots of meat. With a good slaughterhouse and refrigeration, you can get a lot more for the meat rather than selling it on the 'hoof.'
Q : Est-ce qu'il y a la famine au Niger ?
SG : Ce n'est pas un débat essentiel. Ce qui est important est que tout le monde accepte qu'il y ait une crise alimentaire. Il y a une crise alimentaire et on doit tout faire pour aider les gens vulnérables, surtout les enfants. C'est un faux débat entre famine et crise alimentaire. Il y a une crise alimentaire et je suis là pour ça, mes collaborateurs sont là pour ça, on est là pour agir, pas pour avoir un débat.
Q: We heard lots of grand words and messages from the G8 conference. What would your message be to them today and the millions around the world who have campaigned relentlessly to make poverty history?
SG: I was at the G8 summit when the leaders made the promises of debt relief to 18 countries, the increase in aid, particularly to Africa, of $25 billion and a decision to double aid globally, which should mean we should have an additional $50 billion to be shared among all the developing countries around the world. We also discussed trade and the need to ensure that the Doha round of trade negotiations, with the next meeting scheduled for Hong Kong in December, will be a true development round and help the developing countries. I am confident, and here I speak for the poor countries, when I say that most of them would prefer to trade themselves out of poverty rather than live on the handouts.
What is important is that we will be meeting in New York, in less than three weeks, at the General Assembly summit, and we will be discussing these plans. We will be reviewing the achievements and implementation of the Millennium Development Goals five years after world leaders adopted them to see if we are falling behind and see what needs to be done to accelerate the pace. Some countries are doing very well, millions of people have been lifted out of poverty in the last five years or so, like many in India and China. But for some of the other countries, unless we intensify the efforts, may not need the Millennium Development Goals.
When the leaders come to New York, I expect them to re-affirm their promises and indicate their determination to implement them [MDGs]. And, of course, the developing countries also have a responsibility. It's what we call the “Monterrey consensus,” whereby the developing countries have to improve governance, greater transparency, fight corruption and the developed community will also increase assistance […].
What I will say is thank you for the offers and the promises that have been made and we all want to work with you to implement them. I am also grateful to the millions around the world who have joined in the fight to eliminate poverty. The poor are grateful to them and they are still counting on your support.
Q : Que peut faire votre organisation par rapport aux nombreux défis structurels et multi dimensionnels auxquels le Niger doit faire face?
SG : Dans les commentaires que j'ai fait avant, j'ai indiqué que le Gouvernement et la communauté internationale doivent travailler ensemble pour élaborer un plan d'action pour confronter tous ces problèmes que vous venez de souligner. Par exemple, vous avez établi un fond de solidarité pour aider les enfants et les femmes qui ne peuvent pas payer a l'hôpital, et la je crois que la communauté internationale peut aider avec un fond qui peut permettre le traitement des enfants. Mais le plan global doit être élaboré avec le gouvernement, je ne vais pas élaborer un projet et imposer ça sur le gouvernement et les nigériens, donc on va travailler ensemble pour élaborer un plan. Le gouvernement a déjà ce projet en cours, je crois qu'on peut les aider, on peut augmenter en travaillant ensemble.
Q: Les pays africains et les pays colonisateurs n'arrivent à ce mettre d'accord sur un dédommagement pour l'esclavage et la colonisation? Comment est-ce que l'ONU peut aider?
SG : C'est une question intéressante mais je ne crois pas que c'est sur les dossiers des Nations Unies.
Q: How much does UN failure play into the crisis we are facing in Niger today, in addition to the drought and the locust?
SG: Nobody is describing this as a natural disaster. I know in Asia you went through the Tsunami, which was a natural disaster. And after that disaster, we've taken measures to set up an early warning system to ensure that the population will be warned. In all these situations, you have the failure of men as well as the circumstances of nature, and the drought that compounded these things. That is why we are talking about if we had reserves, if we had effective agricultural mechanisms, if we had the sub-regional arrangements and approaches, we would be able to correct things here. Basically, the men have a role to play. I know that lots people say that God will help us but God also expects those who want help to help themselves a little. So that God will work them.
Thank you very much.